• Valérie Gillet

La freelance démystifiée : être mercenaire, ce n’est pas toujours joli-joli et c'est tant mieux

Mis à jour : 13 mai 2020

Être indépendant, ce n’est pas tous les jours facile. Outre l’aspect financier, c’est souvent tâtonner, toujours douter, et surtout, c’est une éternelle tourmente entre notre nous pragmatique et raisonnable et notre démon éparpillé et bordélique. Or, ce bouleversement permanent, je le retrouve rarement dans les innombrables blogs et autres comptes Instagram


En bonne professionnelle procrastineuse, j’espionne… euh je suis pas mal de collègues des métiers rédactionnels et de gestion sur les réseaux sociaux. Bon nombre d’entre eux donnent une image très lisse et structurée de leur vie professionnelle et personnelle.


D’une part, ça ne donne absolument pas envie de suivre leurs aventures. De l’autre, je suis persuadée que nous sommes tous et toutes logé.e.s à la même enseigne : celle d’êtres humains faillibles avec de vrais problèmes domestiques et une vie imparfaite, et surtout une fâcheuse tendance à travailler en survêtement troué en écoutant les tubes du rock grunge des années 90 (ça sent le vécu).


Alors, si nous sommes tous, dans la sphère du travail créatif indépendant à domicile, soumis aux mêmes contraintes et aux mêmes tentations irrésistibles, pourquoi faire semblant qu’il n’en est rien ? Pourquoi prétendre sur les réseaux sociaux qu’un freelance peut tout à fait travailler de 9h à 17h, pimpé comme un cador ou contourée comme une YouTubeuse, dans un environnement aseptisé, sans poils de chat, aboiements de chien, bébés qui ont 38,6 et que la crèche ne veut pas accepter, enfants qui vomissent à 5h52 du matin ou qui entonnent à tue-tête le dernier « tube » de Ninho alors qu’on essaie péniblement de traduire ce rapport de 25 000 mots ?


Dans un souci de transparence, cette section du blog de Tip of the Tongue fera la nique aux vaines tentatives modernes pour faire des travailleurs indépendants des faux employés d’eux-mêmes. À quoi bon cet effort très schizophrène pour s’imposer de bosser dans des conditions comparables à celles de nos homologues salariés, qui, eux, aspirent à télétravailler en pyjama et chaussettes de ski au lieu de devoir changer de sous-vêtements et se doucher quotidiennement pour aller gagner leur croûte ?


Le freelance n’est pas un travailleur comme les autres. C’est un héros du quotidien. C’est un jongleur de poignards enflammés (légère exagération) qui s’efforce, et parvient la plupart du temps, à être plus productif qu’un employé tout en gérant un planning où sphères professionnelle et privée flirtent sans cesse (ou se roulent carrément de grosses pelles baveuses).


Et ça, ce n’est nullement une tare pour un professionnel, mais au contraire une grande force.


Il est temps que le multitasking hors normes et hors-piste et la gestion du chaos organisé reviennent à la mode. Car après tout, la perfection est aussi vaine qu’ennuyeuse.


Abonnez-vous au blog de Tip of the Tongue pour suivre nos aventures d’indépendants décomplexés ! On ne vous fera pas croire qu’on fait du coworking avenue Louise alors qu’on révise une traduction le dimanche à 3h32 du matin sous la couette, fringués comme dans The Big Lebowski.


Au plaisir de vous faire sourire… (et oui, ce sont mes vraies jambes sur la photo... ;-))


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