• Valérie Gillet

Le client est roi (mais...) : la révision (1)

Dernière mise à jour : 19 oct. 2021



Épisode 1 : Le syndrome tabula rasa.


Contrairement aux tendances actuelles, la traduction devrait être un effort collectif vers un résultat homogène et concerté. Il ne faut dès lors pas confondre révision et contrôle qualité. Celui-ci doit intervenir en aval, une fois le texte traduit ET révisé. Traducteur·rice et réviseur·euse devraient donc s’accorder en amont sur la répartition de leurs tâches et sur l’aune à laquelle la traduction doit être révisée… et évaluée après coup. Or, c'est rarement le cas. Dans ce premier billet consacré à la révision, nous aborderons l’excès de suivi des modifications.


Au sein de nombreuses agences de traduction, la révision et le contrôle qualité ont de toute évidence été fusionnés par souci de rentabilité. Les traducteur·rice·s externes livrent leur travail, lequel est relu par un·e réviseur·euse dans un but d’évaluation des performances et non d’amélioration du texte avant sa livraison finale. C'est là que les ennuis commencent pour des freelances, qui se sentent de plus en plus pressé·e·s comme des citrons.


Concrètement, le scénario est souvent le même : vous recevez votre traduction révisée et ouvrez le document. Horreur : il y a du rouge partout. Pire, le ou la réviseur·euse n’a pas manqué de mentionner qu’il lui a fallu énormément de temps pour faire son office, comme le montrent les innombrables modifications apportées au document.


Le ou la PM vous demande des comptes, ce qui est compréhensible.


Que s'est-il passé ? Bien entendu, il arrive parfois que le ou la traducteur·rice soit totalement passé·e à côté de sa traduction. Mais bien fréquemment, c’est avant tout la définition de la tâche de révision qui pose question.


Chacun·e a sa manière de rédiger et un niveau d’expertise différent selon la langue, le type de texte, le sujet, le format, etc. Les plumes et les degrés de technicité linguistique ne se valent pas. En traduction, certain·e·s « décollent » par ailleurs plus ou moins du texte de départ. Une trop grande liberté ou une trop grande fidélité ne sont pas toujours appréciées ni des collègues, ni des client·e·s.


Tout ces facteurs entrent en ligne de compte dans l'impression que donne un texte traduit lorsque débute l'étape de révision. Ils participent, inconsciemment ou non, au temps passé à réviser. Le ou la réviseur·euse peut alors décider de tout réécrire. Parfois, c’est même nécessaire, lorsque la plume du ou de la traducteur·rice n’est pas à la hauteur. Souvent cependant, ce zèle est superflu et peut nuire à la réputation d’un ou d’une traducteur·rice compétent·e. Et anéantir son moral au passage.


Le ou la réviseur·euse devrait donc de s’en tenir aux modifications essentielles, ou à tout le moins nécessaires à la bonne compréhension du texte cible : sens, structure, orthographe, syntaxe et terminologie.


Si ce n'est pas le cas, le ou la traducteur·rice qui reçoit une révision striée de rouge et de bleu doit rapidement faire la part des choses avec calme et lucidité :

  • Certains changements devaient être apportés (et doivent donc être pris en compte à l’avenir),

  • Certains pouvaient être opérés (et peuvent être pris en compte) et

  • D’autres participent d’une mauvaise compréhension de la tâche de révision (qui n'est ni de la réécriture, ni de l'editing) (et doivent donc être ignorés dans son autoévaluation).

Ce tri des corrections est laborieux et énergivore, mais nécessaire à nos progrès de linguistes. Une fois le bon grain et l’ivraie triés, le diagnostic est souvent bien plus nuancé qu’à première vue et permet de véritablement tirer des enseignements utiles de l'évaluation qui nous est soumise, même si celle-ci intervient un temps trop tôt.


Parfois, nous ne convenons pas à un type de texte ou à un·e client·e. On ne peut pas exceller dans tous les sujets et convenir à tous les projets. D'autres fois, c'est une question de mise au point sur ce qui est attendu de nous et ce que nous sommes prêt·e·s à accepter comme degré d'exigence et à quel prix. Ces aspects devraient rapidement être plus clairement définis, de préférence d'un commun accord. Dans tous les cas, il vaut mieux ne pas travailler sur des projets qui ne cadrent pas avec notre profil ou pour des client·e·s dont la manière de travailler de nous agrée pas.


Et vous, avez-vous déjà connu l’angoisse de la traduction « surtrackée » ? Ou pratiquez-vous la révision à outrance ?


Dans le prochain épisode consacré à la révision, nous aborderons les écueils de la terminologie.

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